Aventures et mésaventures de coquins et de fripons

Aventures et mésaventures de coquins et de fripons

Par Fanfan la Tulipe,Haiti Liberté,le 22 Mai

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Trois petits mots percutants et sonores lâchés par le sénateur Jean Hector Anacacis ces derniers jours continuent de faire l’actualité. A propos des tractations entre la présidence et les parlementaires pour forcer la ratification de Laurent Lamothe comme Premier ministre, «l’honorable» parlementaire de l’Ouest a eu à dire :«tout mounn jwenn». Comment l’a-t-il su ? Qui sont-ils ceux-là qui ont trouvé, ki jwenn ? Qui a facilité ces «trouvailles »? Pour parler avec tant de trouvante précision, Anacacis luimême, a-t-il déjà «trouvé» ? C’est un secret de coquins circonscrit aux pères conscrits. Secret d’aventures friponnes.

Toutefois, la semaine dernière, sur les antennes de Radio Kiskeya, aux Nouvèl 4 trè, le sénateur et pasteur Andris Riché de la Grande Anse a fait quelques confidences et commentaires qui n’ont pas fait honneur au «grand corps», du moins à ceuxlà qui ont «trouvé». Kisa yo jwenn ? Selon Riché les «trouvailles» auraient été de l’ordre de 400.000 à
600.000 gourdes, de quoi «acheter quelques lots de patate» a renchéri, sur un ton méprisant, «l’honorable» parlementaire grand anselois.

Pourtant, malgré la vénalité, avouée, de ses collègues, Riché «pa mete pèsonalite moun nan en jeu». Coquin ? Oui. Fripon ? Oui. Mais il ne faut pas mettre la «personnalité» d’un «digne» élu du peuple en question. Ce qui n’empêche pas non plus le pasteur et sénateur de commenter :«dans toute l’histoire d’Haïti, il y a toujours eu des Conzé». Fripouille, traître, vénal, autant de qualités qui siéent à nombre de pères conscrits, toutefois il ne faut pas toucher à leur «personnalité », kidonk à leur «honnêteté». Les noms de ces fripons qui ont «trouvé » ? Les «trouveurs»? Ce ne sont ni Anacacis ni Riché qui vont nous les dévoiler. Question de solidarité coquino-fripono-parlementaire. Qui sait ? L’occasion faisant le larron, un jour nèg ka jwenn tou. En attendant, motus, on travaille pour la patrie. Rat konnen, chat konnen, la barrique de maïs restera là, entre fripons.

Entre coquins, l’atmosphère est souvent faite de déblosailles, bwouyay, chamailles, pagailles et batailles. Ce qui explique le retentissant souflèt marasa, l’humiliant coup bas porté au docteur et sénateur Kély Bastien qui, selon le président de la Chambre basse, Levaillant Louis-Jeune, était allé quémander un portefeuille ministériel. Alors que le nom de monsieur le docteur avait été retenu pour le poste de ministre de l’Environnement dans le nouveau gouvernement Martelly/Lamothe et que même notre Dòc avait commencé à dévoiler ses grandes priorités face à la dégradation accélérée de l’écosystème, le mec a subi une manman rebuffade de dernière minute. Rancune Sweetmickyste ? Petite vengeance présidentielle mesquine?

L’air indigné du rejet, Levaillant Louis-Jeune, stigmatisant le manque de rectitude de son ancien collègue issu comme lui de la plateforme INITE a eu à déclarer : «il l’a cherché...Cela doit servir d’exemple aux jeunes comme Kély qui font de la politique, car, Dieu vous a donné une colonne vertébrale pour que vous puissiez vous tenir droit. Il faut éviter les trahisons, être cohérent avec soi-même et garder une ligne politique stable ». Toutefois, malgré l’absence de verticalité de Bastien, Louis-Jeune a quand même affirmé avoir «du respect» (sic) pour lui et ses méthodes institutionnelles. Comprenne qui pourra. Entre coquins il faut bien se ménager.

Dans le cadre des tractations pour forcer la ratification du PM désigné, une réunion semble s’être tenue à la résidence privée de Martelly. C’est au cours de cette rencontre que le secrétaire général adjoint d’INITE, le docteur Jean Joseph Molière a eu à déclarer tout de go que le parti ne comptait pas voter en faveur de la ratification de Lamothe. Alors que le président Michel Martelly et Lamothe s’étaient montrés - semble-t-il - ouverts à vouloir partager les responsabilités avec l’ancienne plateforme de Préval, la coordination nationale d’INITE opposa une fin de non-recevoir à cette plotonnade contre nature. « Nous n’entendons pas participer au nouveau gouvernement, car le Premier ministre ne satisfait pas aux exigences de l’article 157 de la Constitution. Laurent Lamothe ne répond qu’au critère ayant rapport à l’âge », a eu à préciser le docteur Jean Joseph Molière. Ce dernier devra s’en souvenir et faire attention parce que des tuipades et des koulanguiettades, Martelly en a à revendre.

Or il se trouve qu’il n’y avait pas eu de communication entre le directoire de la plateforme et sa base, c’est-à-dire ses parlementaires. La présidence, cercle de fripons, profitant de cette poussée adrénalinique de Molière aurait alors demandé à l’intrigant coquin qu’est le sénateur Lambert de jeter son poids dans la balance, ce qui fut fait. N’ayant pas été informés de la décision officielle de la coordination nationale, les sénateurs d’INITE, manifestement manipulés par Lambert, trouvèrent que c’était « une insulte qu’une telle décision soit prise sans l’avis de tous les parlementaires qui représentent le bras armé d’INITE. À cette décision nous ne sommes pas tenus », réagit un parlementaire outré. Est-ce que tout mounn jwenn ce soir là ?

Un député d’INITE qui compte voter en faveur du Premier ministre ratifié a même déclaré que « Lamothe est un homme dynamique qui a déjà fait ses preuves aux Affaires étrangères. Il mérite notre confiance comme Premier ministre ». On ne peut sûrement pas dire que lui li pa jwenn tou. L’INITE en désagrégation ? Distribution de «quelques lots de patate» à quelques sénateurs pour arracher leur vote ? On ne le saura jamais d’autant que selon la formule du pasteur-sénateur Riché, il ne faut mettre en jeu la «personnalité » de quiconque et surtout il faut laisser le jeu des aventures et mésaventures des coquins faire son cours.

Toujours dans le cadre de la ratification à marche forcée du sieur Lamothe, une eskonbrit a éclaté entre le professeur Sauveur Pierre Etienne, coordonnateur général de l’Organisation du Peuple en Lutte
(OPL) et l’ex-Sénatrice Edmonde Supplice Beauzile, présidente de la Fusion des Démocrates. Le premier, en démon contre les « ambivalences politiques » de la seconde, a annoncé sur les ondes de Radio Magik 9 que son parti se retirait de la plateforme Alternative (OPL, KID et Fusion), à cause de profondes divergences avec les sociaux-démocrates. A l’origine des désaccords avec la Fusion il y aurait le vote en faveur de Lamothe. La Plateforme est constituée désormais du KID et de la Fusion des sociaux démocrates en attendant que ces deux coquins pètent une lòbèy s’ils ne peuvent pas s’entendre sur le choix d’un candidat unique aux prochaines présidentielles.

Apparemment, Beauzile en voyage en Colombie aurait laissé au sénateur Mélius Hyppolite de l’OPL le soin de voter pour elle, en faveur de Lamothe. Hyppolite agissant comme un grand naïf ou un grand niais aurait cru que toute la plateforme Alternative était d’accord et de ce fait il aurait donc voté pour Lamothe. Une histoire qui ne tient pas debout. Mélius peut-il prétendre qu’il n’avait pas eu le temps de vérifier avec son coordonnateur le degré de fusion de Beauzile, au point de s’être brûlé et de voter pour Lamothe ? Ce melimelo sent le tout mounn jwenn à cent lieux à la ronde. Qui a «trouvé» quoi ? Combien ? Quand ? Mais Pierre Etienne a préféré assumer que Beauzile avait piégé Hyppolite. Petit truc de coquin pour dédouaner un autre coquin.

Ce qui surtout avait rendu Pierre Etienne furieux, c’est le fait que Dame Beauzile porterait ces jours-ci un bracelet rose d’où le vote en faveur de la déclaration de l’énoncé de politique générale du Premier ministre Laurent Salvador Lamothe. Rompu aux pratiques coquines et friponnes, Pierre Etienne a vite compris que Beauzile voulait «et le beurre et l’argent du beurre». Selon Sauveur, pas plus tard que le 2 avril dernier, lors d’une réunion, les membres de l’Alternative dont sont membres la friponne et le fripon étaient d’accord pour «nou rete dan lopozisyon ». Voilà que la friponnarde a choisi de voter en faveur de la politique générale du Premier ministre Laurent Lamothe. Aussi aux yeux du friponnard dépité :« se yon dam sa k enterese l se pa enterè Ayiti, se pa enterè pati yo, se ki jan pou l jwenn finansman pou eleksyion l nan Plato Santral, ki jan pou l gen pouvwa a». Hier, aventure pour une Alternative. Aujourd’hui, mésaventure lors d’une brûlante et flirtante Fusion avec le pouvoir.

Mais vye manman te pare pou zepina. Selon la Beauzile, les problèmes au sein d’une plateforme ne peuvent pas se discuter sur les ondes. Réagissant avec furie aux critiques fielleux de Pierre- Etienne, la présidente de la Fusion a dit haut et fort que son parti n’est sous la tutelle ni de l’OPL ni de la Konvansyon Inite Demokratik
(KID) d’Evans Paul au sein de l’Alternative et qu’elle n’avait de leçons à recevoir de personne. Men pa w, Sauveur. Elle a rappelé à Monsieur l’Epinard que lorsque tous les députés OPL avaient ratifié Conille, la Fusion avait choisi de s’abstenir et lui n’avait alors rien trouvé à redire. Pourquoi aujourd’hui prendre le mors aux dents?

Auparavant, la Fusion fidèle à ses principes, au dire de la sénatrice, était restée jusqu’au bout fidèle à son mot d’ordre de boycott des élections présidentielles et législatives en 2010/2011, ce qui n’avait pas été le cas pour l’OPL. Pourtant, les deux partis «te chita, nou konsète» et puis et puis anyen. Alors pourquoi cette poussée d’adrénaline dans les veines surdistendues de Sauveur ? Pourquoi cette réaction de ti kòk batay, alors qu’entre fripons on se connaît bien, même trop bien ?

De façon pertinente, le site internet de Radio Kiskeya a commenté :« Mardi soir, lors de l’avantdernière étape du processus de ratification en cours au Parlement, Edmonde Supplice Beauzile et ses neuf collègues arrivés en fin de mandat avaient largement contribué au vote massif, sans débats réels, -mais sur fond de soupçons persistants de corruption- qu’avait obtenu Laurent Lamothe». De toute façon tout moun dwe te jwenn, pour assurer un vote aussi massif. On aurait alors besoin des lumières du sénateur-pasteur Andris Riché pour savoir avec précision de combien de «lots de patates », Dame Fusionnante avait dû bénéficier. Le voisinage de Youri le ténébreux, l’homme des 30%, lui avait été sans doute très utile.

Il faut s’attendre à d’autres mésaventures. Les stations de radio très critiques de Martelly bruissent déjà de zen, tripotages, colportages, radotages et bavardages. Ne raconte-t-on pas que le doc Bastien avait déjà enfilé son complet neuf pour se rendre au palais national et de là au Parlement lorsqu’un ultime appel téléphonique d’un membre de l’entourage du chef de l’Etat l’aurait informé, en catastrophe, que son nom venait juste d’être rayé de la liste des ministres confirmés. Or un coup de fil provenant du cabinet du Premier ministre avait auparavant invité l’intéressé à se mettre en plume de paon pour aller faire le grand panpan avec lui à la Chambre basse. On peut seulement souhaiter que cette giflante déception ne soit à l’origine d’une...embolie pulmonaire pour Bastien.

Un proverbe de chez nous dit que nan batèm frize nèg manje kaka chwal. Bon appétit messieurs, mesdames les ministres !