Controverse autour du vote du 8 mai

Controverse autour du vote du 8 mai

Par Isabelle L. Papillon,Haiti Liberté,le 22 Mai 2012

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Le vote scandaleux au Sénat de la République, le mardi 8 mai dernier en faveur dudit énoncé de politique générale du Premier ministre, Laurent Lamothe a suscité des remous et des divisions au sein de la classe politique traditionnelle du pays. Il était évident aux yeux de plus d’un que ce n’était pas le contenu et les débats qui se déroulaient autour de la déclaration de politique générale de Laurent Lamothe qui ont motivé les 20 sénateurs, c’était plutôt les pots-de-vin et d’autres faveurs. Le lendemain du vote éhonté, huit (8) sénateurs ont donné un point de presse pour dénoncer les agissements intéressés de leurs collègues. Il s’agissait de : Jean William Jeanty, Nippes ; François Anick Joseph, Artibonite ; Steven Irvenson Benoit, Ouest ; Jean- Baptiste Bien-Aimé, Nord-Est ; Moïse Jean Charles et Westner Polycard, Nord ; Francky Exius, Sud ; Andris Riché, Grand’Anse. Ils ont estimé illégale la ratification de la déclaration de politique générale du Premier ministre Lamothe qui ne reflète ni la constitution haïtienne en vigueur ni les règlements intérieurs du Sénat. Tout comme le président du Sénat, Desras Simon Dieuseul qui est là pour les faire respecter n’était pas à la hauteur de sa tâche.

De l’avis des sénateurs protestataires, Laurent Salvador Lamothe, autre que son âge et son origine familiale, il n’a pas répondu aux exigences de la constitution pour être admis au poste du chef du gouvernement haïtien. Ils dénoncent également le comportement du président du Sénat, Desras Simon Dieuseul qui s’est fait complice des 20 sénateurs qui ont voté sans scrupule l’énoncé de politique générale de Laurent Lamothe : « En ratifiant Laurent Lamothe, comme Premier ministre, ces sénateurs prouvent clairement, que l’institution à laquelle ils appartiennent n’est pas encore prête à jouer le rôle de contrôle de l’Exécutif que lui confère la constitution de 1987 », a indiqué le sénateur, Jean William Jeanty, lisant la position commune des 8 sénateurs opposés au scandale du 8 mai.

Le vote de la honte du 8 mai a suscité également l’éclatement des partis politiques au sein de la Plateforme politique « Alternative ». Le coordonnateur général de l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL), Sauveur Pierre Etienne a annoncé dans les médias le retrait du parti qu’il dirige de ce regroupement politique. Il a dénoncé ce qu’il appelle les «ambivalences politiques » de la présidente de la Fusion des Sociaux-Démocrates, l’ex-sénatrice, Edmonde Supplice Beauzile qui se veut être à la fois dans l’opposition et au pouvoir. Elle se veut être une alliée voilée du pouvoir « Tèt Kale ». «Ce qui intéresse Mme Beauzile, c’est le financement de sa prochaine campagne électorale dans le Plateau Centrale, des véhicules et le pouvoir », a déploré le coordonnateur de l’OPL. En dépit de la position très ferme du coordonnateur de l’OPL, certains de ses représentants au Parlement, dont le sénateur du Nord-Ouest, Mélius Hyppolite étaient parmi ceux qui ont voté la déclaration de politique générale de Laurent Lamothe.

Et dans la perspective, certains députés de l’OPL seraient prêts à faire la même chose. Que dira Sauveur Pierre Etienne ? On a souvent constaté que les candidats ou les élus d’un parti politique ne suivent pas les directives du parti, lorsqu’il s’agit de concourir à un poste politique. L’opportunisme politique a souvent triomphé sur les principes pour satisfaire les ambitions personnelles. On a observé ce cas de figure sous la présidence de René Préval
(2006-2011), des représentants de toutes tendances politiques se sont transformés en vert et jaune dans l’ « INITE », puis ont adopté le rose du pouvoir « Tèt Kale ». Ce qui représente une déception totale.

Dans la foulée, le sénateur Moïse Jean Charles qui s’est réjoui du départ de ses dix (10) collègues du Sénat de la République, dont certains ont été qualifiés de « Satan » qui ont empêché l’aboutissement du dossier de nationalité étrangère du président Martelly et les membres de son gouvernement. Il a en outre annoncé que le nouveau gouvernement que dirigera Laurent Lamothe sera dans le collimateur de la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur la nationalité des membres du gouvernement et du président de la République, Michel Joseph Martelly. « Nous envisageons de demander que tous les membres du cabinet ministériel replâtré déposent leurs documents de manière à ce que nous puissions faire le jour sur leur nationalité », a-t-il suggéré. Il regrette du même coup, à l’assemblée des sénateurs, l’empressement avec lequel, le président du Sénat, Desras Simon Dieuseul a mis fin aux débats et passé au vote. Les sénateurs n’avaient pas eu assez de temps pour débattre les dossiers de chaque membre de l’équipe gouvernementale. Selon lui des ministres reconduits sont déjà soupçonnés d’avoir de la nationalité étrangère. Le sénateur Moïse Jean Charles promet que le rapport final sur le dossier de nationalité sera bientôt soumis à l’appréciation de l’assemblée des sénateurs. Il maintient sa position selon laquelle, plusieurs membres de l’équipe sortant et entrant ont la nationalité étrangère ce qui est contraire aux prescrits de la loi mère du pays.

La question de nationalité étrangère du président Martelly et de certains membres de son gouvernement avait été soulevée après l’arrestation illégale et arbitraire du député Arnel Belizaire, en fonction, sur ordre du président Martelly. La première année du président Martelly au pouvoir s’est soldé en scandale après scandale, outre l’affaire d’arrestation d’un député, la question de nationalité étrangère, de la corruption qui dépasse les bornes et qui n’a pas arrêté de défrayer la chronique de ces derniers jours.