In French: "Preconditions for the Development of Agriculture in Haiti"

Pré-condition pour le développement de l'agriculture en Haiti
 
Par Joseph Déjoie
 
HAITI est un pays agricole. Un développement de l'économie nationale doit donc se baser principalement sur l'agriculture.
 
HAITI, quoique un pays essentiellement agricole, ne peut cependant même pas subvenir aux besoins alimentaires de ses habitants. Une grande quantité des produits alimentaires est importée de l'étranger et cela en dépit du fait qu'environ 65% de la population active s'adonne aux travaux de la terre. Nous devons travailler à mettre fi n à cette alarmante situation si nous aspirons vraiment au progrès économique. L'agriculture est d'une importance vitale pour le développement du pays. Nous devons continuellement chercher à augmenter notre production agricole.
 
Un grand nombre de conditions en dehors même du domaine de l'agriculture doivent être satisfaites, si on veut la réussite de tout programme, visant à l'augmentation de la production agricole. Peut-être la première et la moins palpable de ces conditions est la volonté politique des leaders nationaux et locaux de développer l'agriculture. Cependant il doit y avoir plus qu'une reconnaissance verbale ou tacite de l'importance de ce secteur, il doit y avoir un certain niveau d'action. Des programmes efficaces de développement, une fois commencés, renforceront cette volonté de promouvoir l'agriculture et la motivation créée par les leaders engendrerait une meilleure chance de succès. Une deuxième condition est au moins une décente stabilité politique dans le pays. Ceci est évidemment requis pour tout programme de développement. Mais il est peut-être d'une importance particulière pour l'agriculture qui implique la participation d'une grande partie de la population et dont la modernisation exige une longue période de temps. L'absence d'un minimum de stabilité politique rend sombres les perspectives de développement agricole.
 
Une troisième condition est d'avoir au moins une équipe de citoyens armés de compétence et de talent administratifs et organisationnels. Dans l'agriculture, contrairement à d'autres branches de l'industrie, une base administrative et organisationnelle indigène est absolument nécessaire. Un système de chemin de fer, une entreprise de mines peuvent être lancés dans le pays avec une direction et une administration étrangère, mais pour le type d'agriculture paysanne que nous avons en Haïti, cela est impossible. Ceci implique une quatrième condition: l'existence d'un personnel national formé en agriculture, avant qu'un programme effi cace puisse être lancé. Un des premiers devoirs de ces gens, sera la mise en place d'un programme d'apprentissage qui leur permettra de réaliser leur tâche de la façon la plus adéquate possible. Ils formeront les paysans en introduisant des méthodes de culture plus productives et peut-être moins pénibles.
 
En cinquième lieu, il doit exister des marchés valables d'expansion pour les produits agricoles si un programme de développement agricole doit avoir quelques chances de succès. Ces marchés doivent satisfaire la demande urbaine en nourriture dont l'augmentation joue un rôle catalytique dans la commercialisation de l'agriculture et leurs surplus doivent être dirigés vers l'extérieur pour élargir le nombre des produits d'exportation. Une sixième condition est que des ressources domestiques et étrangères soient disponibles pour fournir les capitaux nécessaires à la modernisation de l'agriculture. Bien que le secteur agricole, pour son succès, semble à priori être moins dépendant de l'aide étrangère que le secteur industriel, il est important de signaler que l'installation de systèmes d'irrigation, l'acquisition d'engrais, de pesticides, de connaissance et d'apprentissage agricole, l'expansion de structures pour le transport, l'emmagasinage et la distribution des produits agricoles que la modernisation exige, peuvent constituer un lourd fardeau pour les ressources du pays.
 
La modernisation agricole est le processus par lequel on augmente la productivité des ressources agricoles traditionnelles dont nous disposons dans le pays au moyen de la technologie. Certains éléments sont indispensables pour ce changement technologique, car ils offrent l'opportunité d'élever le taux de la production agricole. Ces éléments consistent en équipements modernes, en engrais commercial, en matériels d'irrigation et de défrichage, en semences améliorées et en pesticides etc… et sont pratiquement inaccessibles au paysan haïtien. Nos paysans ne peuvent pas acheter ces intrants. La majorité de ces intrants doit être mis à leur disposition ou au moins exige une décision sociale pour leur acquisition tel qu'un fi nancement par l'intermédiaire du crédit agricole.
 
Nos paysans font de leur mieux avec les moyens dont ils disposent. L'ineffi cacité vient de l'échec de la société à fournir au cultivateur haïtien un environnement dans lequel il peut vraiment évoluer et être plus productif. Cet échec peut être causé par un manque d'intérêt, par ignorance ou par apathie politique et sociale. C'est vraiment ironique que le paysan soit accusé d'ignorance pour une faute dont la société est coupable. L'erreur de la société est de ne pas parvenir à reconnaître le profi t majeur que nous pouvons tirer d'un investissement social modeste en ouvrant à nos cultivateurs les portes de la modernisation.