Immigration Canada: Des familles risquent de se séparer

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Par Radio Carïbes, Haïti, le 17 août 2017 

Le Canada et le Québec risquent d'être perçus comme les vilains -et non pas le président américain Donald Trump- quand ils vont séparer des familles haïtiennes qui verront leur demande d'asile refusée, avertit l'avocat spécialisé en immigration Stéphane Handfield, qui enjoint Ottawa à agir rapidement pour régler la crise et éviter des drames humains. 

Des milliers de citoyens haïtiens ont traversé la frontière américaine pour formuler une demande de statut de réfugié au Canada depuis quelques semaines. 

Il s'agit souvent de personnes ayant vécu aux États-Unis depuis quelques années, en vertu d'un statut de protection temporaire accordé après le terrible tremblement de terre de 2010 qui a dévasté Haïti. Leur statut vient à échéance d'ici quelques mois et ils craignent de ne pas avoir l'autorisation de rester aux États-Unis et d'être renvoyés dans leur pays. Plusieurs ont reçu des lettres les avisant de se préparer à retourner en Haïti. 

Tentant d'éviter ce retour forcé, ils demandent la protection du Canada, mais pour une grande majorité d'entre eux, il sera difficile de démontrer qu'ils répondent aux critères du statut de réfugié, a expliqué Me Handfield, en point de presse à Montréal, mercredi, avec la chef du Bloc Québécois, Martine Ouellet, et le député bloquiste Mario Beaulieu. 

Les familles risquent de devoir faire des choix déchirants, a fait valoir l'avocat. Par exemple, les enfants nés aux États-Unis de parents haïtiens sont citoyens américains. Si la demande de statut de réfugié de la famille est refusée, le Canada doit renvoyer les parents en Haïti, mais les enfants aux États-Unis, une situation intenable, explique Me Handfield. 

Et comme ils auront déjà quitté le territoire américain quand la déportation aura lieu, ce n'est pas Donald Trump qui portera l'odieux de la situation, croit-il. 

Le Bloc québécois demande ainsi au gouvernement fédéral de mettre en place le personnel et les ressources nécessaires pour traiter rapidement les demandes d'asile afin que tous ces gens soient fixés sur leur sort le plus rapidement possible. 

Actuellement, le délai de traitement d'une demande - avec le processus d'appel en cas de refus - est d'environ deux ans, a souligné Me Handfield. 

L'avocat et le Bloc demandent aussi au gouvernement fédéral de cesser de faire de fausses promesses à ces gens et aussi de suspendre l'Entente sur les tiers pays sûrs avec les États-Unis. Cet accord prévoit que les demandeurs d'asile doivent présenter leur demande dans le premier pays sûr où ils mettent les pieds après avoir quitté leur pays d'origine. S'ils sont arrivés aux États-Unis en premier, ils sont automatiquement refoulés à la frontière canadienne quand ils demandent l'asile à un poste frontière, ce qui explique pourquoi ces gens la traversent en passant par la forêt. 

Cela a pour effet de créer deux systèmes parallèles, a dénoncé Mme Ouellet.