Jovenel Moïse: attaqué ou stratégie pour contrôler la police

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Par Radio Caraïbes, Haïti, publié le 13 avril 2017 

Autant le gouvernement avance dans la réponse qu’il compte donner après l’attaque perpétrée contre le cortège présidentiel le week-end écoulé à l’Arcahaie, autant les divergences se créent dans la société autour du vrai mobile d’un tel acte. Ce mercredi encore, alors que le ministre de la Justice Heidi Fortuné était invité à discuter des problèmes auxquels est confronté le système judiciaire avec les membres de la commission Justice, Droits humains et Sécurité de la Chambre basse, l’épineuse question d’attaque du cortège présidentiel en vient comme un trouble-fête pour les membres de la commission qui voient l’acte et le qualifient selon leur position politique. 

Pendant les cinq heures passées à la salle des commissions de la Chambre basse, les membres de la commission Justice, Droits humains et Défense nationale se sont entendus à entretenir le ministre de la Justice, Heidi Fortuné qui était accompagné de l’inspecteur général Jean Maximé Miguelite,  représentant du directeur général de la PNH Michel-Ange Gédéon, autour des problèmes rongeant le système judiciaire haïtien. 

Certes, la commission a pu faire des recommandations pour réduire la détention préventive prolongée, améliorer les conditions de travail des policiers et les conditions de vie de ces agents dans certains commissariats du pays mais la question relative à l’attaque du cortège du président Jovenel Moïse a contraint le président de la commission Claudy Robas « de mettre la séance en continuation sine die », tant les différentes tendances politiques représentées au sein de cette commission confrontaient leurs arguments sur ce fait. 

Sur ce point, le ministre confie que l’affaire suit son cours. « L’enquête avance, il y a des interpellations, la DCPJ est en train d’interroger certains individus et bientôt le parquet sera saisi par le dossier », a déclaré Heidi Fortuné avant d’inviter l’inspecteur général  Jean Maximé Miguelite à se prononcer sur le dossier, puisque, a-t-il dit : « Le dossier est encore au niveau de la police. » 

« L’enquête est secrète, la DCPJ travaille sur le dossier, on attend », a soutenu l’inspecteur de police, usant de la langue de bois. Le représentant du directeur général dans cette rencontre de travail n'a pas souhaité piper mot sur le sujet. D’ailleurs il a dit n’être pas au courant des interventions, qualifiées de musclées, que font les agents des unités spécialisées de la PNH à l’Arcahaie à la suite de l’attaque du cortège présidentiel. 

Son manque d’informations va jusqu’aux derniers changements opérés au sein de l’institution judiciaire mais, sur l’insistance des journalistes, Jean Maximé Miguelite a conclu : « Permettez que je ne réagisse pas là-dessus. » 

Pourtant, certains députés comme Joseph Manès Louis doutent qu’une telle attaque ait vraiment eu lieu. Quoique condamnant ce fait qu’il considère comme la mer à avaler, Joseph Manès Louis se questionne : « Quand le président est en déplacement, il y a toute une chaîne de commandement qui est mobilisée. Comment se fait-il qu’aucun membre de cette batterie n’ait été touché ?  Aucun assaillant non plus ? Comment expliquez-vous que le cortège du président soit le premier à être bloqué par la barricade ? Pourquoi personne n’a été arrêté en flagrant délit ? », s'est demandé le député de Cabaret avant de conclure que cette attaque pourrait bien être « un montage permettant d’opérer des changements au niveau du commandement de la police nationale que le président souhaite contrôler. » 

L’avis du député de Port-à-Piment Daniel Létang est bien différent. D’entrée de jeu, l’élu du KID a condamné cette attaque. Selon lui, ce fait prouve qu’il y a un problème de sécurité publique auquel les députés doivent porter une attention spéciale. « La sécurité du président de la République a été menacée la semaine écoulée », a-t-il lancé sans réserve, dans son intervention en marge de cette rencontre de travail.