La cause est une pour le peuple!

Par Berthony Dupont, Haïti Liberté, édition du 10 au 16 mai 2017 

Haïti Liberté apporte son plein soutien au mouvement de grève et de manifestations des professeurs puisque leurs revendications justement légitimes font amplement partie de la lutte radicale, destinée à doter le pays d’une nouvelle structure éducationnelle en fonction des intérêts réels du peuple haïtien. 

Cependant la stratégie en matière de lutte pour un changement fondamental ne doit pas être vague ou ambigüe. Si l’orientation capitaliste est responsable de la grave crise économique et sociale que traverse le pays, est-ce que nous luttons de sorte que nous forçons les classes exploiteuses à donner plus qu’une pitance au peuple ou pour la prise en charge progressive des secteurs vitaux de la Nation ? Toute l’importance de cette question vient du fait qu’il ne s’agit point de prêcher la bonne nouvelle aux dirigeants de l’oligarchie pour essayer de les évangéliser jusqu’à leur faire accepter et à aimer leur prochain comme eux-mêmes. Peine tout à fait perdue puisque le système n’a point de conscience et ne changera guère de visage et de moeurs! 

Un loup ne se transforme jamais en berger et c’est dans cet esprit que nous devrons comprendre que la lutte n’est point sentimentale. Elle est de classe, menaçant constamment l’existence même des masses populaires haïtiennes. Voilà pourquoi, il ne s’agit pas de se laisser prendre dans des configurations partisanes ou sectorielles. L’important est de faire tout ce qui est en notre pouvoir, dans notre camp, pour renforcer nos forces de façon à affaiblir l’ennemi commun. En ce sens, le ciment de l’unité et de la solidarité de toutes les forces populaires et progressistes est indispensable. 

A quoi aboutirait-on quand chaque bourrique brairait dans son pâturage ne défendant que sa petite cause ? Chacun à son poste, quelle aveugle préoccupation ! Cette attitude et ce comportement individualistes ne prêtent tout bonnement qu’à faire le jeu de l’ennemi. De telles actions contribuent à nous affaiblir et c’est grâce à ces déséquilibres que les forces obscurantistes réussissent toujours à nous imposer leur logique. 

En effet, tous les autres syndicats devraient se sentir concernés pour participer au mouvement des professeurs de sorte que les basses sociales de l’opposition au régime s’élargissent. Déjà, le gouvernement Moise/Lafontant s’engage à augmenter le prix des produits pétroliers sur le marché local, allant de 116 gourdes sur la gazoline à 305 gourdes, de 88 gourdes sur le diesel à 237 gourdes et de 84 gourdes sur le kérosène à 231 gourdes. Assurément, nous espérons que les syndicats de transportation n’accepteront pas cette proposition et vont être mobilisés pour la combattre en solidarité avec toutes les forces vives du pays. Que les grèves se multiplient et s’articulent pour développer les luttes populaires. 

A ce compte, les revendications des professeurs n’aboutiront à rien tant qu’elles n’inclueront pas celles des travailleurs, des syndicats de transportation, des paysans pauvres, des chômeurs, des élèves et étudiants de la jeunesse et de tout le peuple en général. Les professeurs ne devraient pas veiller seulement à la satisfaction de leurs intérêts propres et en même temps oublier que le salaire minimum des travailleurs reste une honte. Il est important de comprendre que le changement fondamental ne viendra pas tant que la classe des opprimés et des exploités ne créera pas la consternation dans les rangs et le camp de ce petit monde d’affairistes dirigeant l’Etat haïtien. A provoquer même une espèce de sursaut au sein de cette classe de patripoche pour leur indiquer qu’une autre forme de gouverner est possible. Il s’agit tout d’abord de mobiliser et d’organiser de vastes soulèvements de masses pour transformer notre arsenal et potentiel humain en force qui écrase l’ennemi. 

Notre option doit signifier bouleversement inconditionnel, rupture totale. Elle doit être profonde et réfléchie, organisée et révolutionnaire afin qu’elle devienne historique et nationale pour édifier un pays nouveau avec des structures nouvelles. 

La lutte pour le changement doit être unique et embrassant toutes les revendications du peuple. Que personne ne s’y méprenne. Il est une nécessité absolue d’unifier les rangs de la résistance de sorte que nous osions forger notre avenir. Le seul moyen de conjurer l’imminence des périls qui nous menacent, c’est de nous surpasser et de donner le meilleur de nous-mêmes en comptant sur les forces populaires pour combattre le pouvoir antidémocratique en place dont ses options sont antinationales et antipopulaires. Voilà pourquoi la cause de la lutte pour le changement doit être l’affaire de toutes les masses délaissées pour détruire les bases de la pauvreté, n’embrasser que la défense des intérêts des masses populaires et garantir une action efficace pour la libération nationale et le changement constructif. 

La lutte doit être globale et son avenir doit se confondre dans la cohésion agissante des forces populaires. Par conséquent, notre devoir le plus urgent devient une véritable prise de conscience nationale confondue dans les lourdes tâches qui nous attendent à ce carrefour de la confrontation avec «le système». Compte tenu de la nature des forces impérialistes, cessons donc de rêver à une quelconque dé- mocratisation, peu probable, d’un système totalement pourri, car elles ne lâcheront point leur proie de domination que si et seulement si nous mettons fin à notre façon défaitiste de lutter.