La dollarisation de l’économie haïtienne

Kesner Pharel.jpg

Par Gérard Jeanty Junior, Radio Caraïbes, publié le 12 avril 2017 

Depuis la dernière décision de la Banque de la République d’Haïti (BRH) d’injecter 10 millions de dollars américains sur le marché afin de stabiliser le taux des changes sous le seuil de 70 gourdes pour un dollar, les débats se multiplient dans les médias sur cette question. La dollarisation de l’économie est l’un des sujets abordés. 

La dépréciation progressive de la gourde défraie l’actualité. Les économistes sont, de plus en plus, sollicités dans les médias pour opiner sur les instruments utilisés par la BRH pour stopper la dépréciation et faire des analyses approfondies sur la situation économique. Dans les débats,  le sujet relatif à la dollarisation de l’économie est souvent abordé. En effet, la circulation du dollar dans l’économie haïtienne se fait sans entrave. Et la gourde ne contredit pas la loi de Thomas Gresham : « Lorsque dans un pays circulent deux monnaies dont l'une est considérée par le public comme bonne et l'autre comme mauvaise, la mauvaise monnaie chasse la bonne. » 

A l’idée de procéder à la dollarisation de l’économie haïtienne, certains économistes ont affirmé, sans langue de bois, leur opposition. Sous le couvert de l’anonymat, une économiste à la banque centrale interrogée sur cette question a répondu qu’une décision relative à la  dollarisation de l’économie entraîne du coup la disparition de la BRH. Le pays n’aura pas besoin d’une institution pour appliquer sa politique monétaire, a-t-elle expliqué. 

Invité au début de cette semaine à une émission surRradio Vision 2000, l’économiste Kesner Pharel a clairement exprimé sa négation. « La dollarisation de l’économie n’est pas avantageuse pour le pays. Haïti exporte à peine pour un milliard de dollars, les investissements directs étrangers représentent moins de 100 millions de dollars et moins d’un million de touristes visitent le pays. Autant dire que la source de devises se tarit », a indiqué Kesner Pharel. Outre ces activités, les transferts d’argent de la diaspora qui se chiffrent à deux milliards de dollars représentent la source de devises la plus importante pour le pays. 

Le P.D.G. du Group Croissance, Kesner Pharel, a cité quelques avantages de la dollarisation. « L’avantage de la dollarisation, c’est qu’elle élimine une partie de l’inflation. Ensuite, il est plus difficile d’avoir un déficit budgétaire avec la dollarisation », a- t-il affirmé, soulignant que certains pays comme le Panama a procédé à la dollarisation de son économie. Grâce à son canal, le Panama a une source de devises très importante. 

Au cours de l’émission Intérêt public sur radio Kiskeya, le terme dollarisation a été abordé. «Selon les derniers chiffres de la BRH, les dépôts en dollars dans le système bancaire représentent 63,5% », a fait savoir l'économiste Etzer Emile pour corroborer une affirmation de l’économiste Camille Charlmers soutenant que les gens perdent confiance en la gourde et préfèrent convertir leur avoir en dollars américains. Le numéro un de la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA) a dit qu’il est contre la dollarisation de l’économie haïtienne. « On va être plus dépendant par rapport aux décisions de la Trésorerie américaine », a-t- il avancé. 

« Quand un pays fait le choix de la dollarisation, les autorités monétaires perdent leur capacité de conduire leur politique monétaire. La banque centrale ne sera pas en mesure de venir en aide à une banque en faillite dans le système bancaire puisqu’elle ne crée pas le dollar», a déclaré l’économiste Fritz Jean, participant à la même émission.