Les militants disent non à l'occupation!

Manifestastion à Port au Prince
Les militants disent non à l'occupation!

Par Hervé Jean Michel
La journée du mercredi 28 juillet
Haiti Liberté; Le 4 août, 2010

2010, marquant le 95ieme anniversaire de la première occupation d'Haïti par les forces militaires étasuniennes, aura été une journée marquée du sceau de l'espoir. Dans la mesure où dans ce diffi cile contexte de l'actuelle occupation, des forces progressistes ont manifesté leur refus, témoignant de la certitude que la lutte prendra des proportions considérables jusqu'à atteindre ses objectifs : construire une société de non-exclusion, d'inclusion de tous les fi ls du pays.

En ce jour du 28 juillet 2010, plus de 300 militants ont manifesté, dans un sit-in, devant l'ambassade des Etats-Unis, à Tabarre, leur opposition à l'exclusion sociale, économique et politique, essence de la société haïtienne et aussi leur refus de l'occupation du pays. La Commission pour la Mobilisation de Fanmi Lavalas, par la voix de l'ex-député, Lionel Etienne et du militant Ansyto Félix, a exprimé de manière déterminée la position de l'Organisation politique majoritaire du pays devant l'ambassade étasunienne. " L'objectif est clair, nous sommes ici devant cette ambassade pour revendiquer le retour physique de Titide. Puisque les Américains ont fait le sale boulot, en investissant la résidence privée du président, le kidnappant et l'exilant, nous sommes venus leur demander la présence d'Aristide en Haïti. Oui nous sommes venus questionner l'ambassadeur, le représentant du gouvernement américain. Nous sommes venus leur dire qu'ils doivent, aujourd'hui, laver cette souillure, leur sale boulot, pour le retour démocratique de Titide dans son pays. Aristide fut un président, démocratiquement élu. Etant donné qu'ils font de la démocratie, étant donné qu'ils ont une nouvelle administration : celle d'Obama, nous pensons qu'ils auront assez de compréhension, assez de courage pour revenir sur ce sale job, que leur pays a réalisé en Haiti. "

L'ex-député a dit son mot à Obama. Il a parlé sans ambiguïté, une parole de militant responsable, respectueux du choix de son peuple à s'orienter librement dans la voie démocratique pour accéder au pouvoir. Demandant à Obama de laver le visage des Etats-Unis, qui se vantent d'être un pays démocratique, par cette parole, Lionel Etienne lance un défi au président des Etats-Unis d'Amérique. " C'est aujourd'hui même qu'ils doivent se laver, pour sauvegarder leur amitié avec Haïti, par le retour de Titide chez lui, pour poursuivre ses activités en qualité d'Haïtien, de citoyen honnête et crédible. Fanmi Lavalas est une organisation politique démocratique qui croit dans les élections. Nous sommes toujours arrivés au pouvoir par les élections. Or, on a toujours dit que nous prenons le tout, parce que la population nous donne le tout. Nous sommes venus aussi pour dire à l'ambassadeur américain de changer de comportement par rapport au désastre du président Préval dans le pays. "

Ce refus systématique du coup d'Etat du 29 février 2004, six ans après, témoigne comment cette blessure est profonde ! Comment le temps n'arrive pas à cicatriser cette gigantesque plaie, dans le coeur de tous les Haïtiens épris de justice, de dignité et de volonté pour transformer les misérables conditions de vie de ce peuple qui, depuis 206 ans, vit dans l'exclusion sociale, économique et politique. Poursuivant dans cette ligne revendicatrice, Ansyto Félix, membre de ladite Commission de mobilisation, s'est adressé directement au président des Etats-Unis, Barack Obama. " Nous demandons au président Obama de ne pas cautionner la mascarade électorale que le président Préval s'apprête à faire, à travers ses laquais du Conseil électoral provisoire. Une telle initiative débouchera sur un échec total pour Haïti. Il n'y aura pas d'élections sans la participation de Fanmi Lavalas ; nous voulons parler des élections à tous les niveaux. " Le militant a dénoncé ce qu'il appelle la politique magouilleuse du président étasunien qui, dans les ténèbres, complote avec Préval le maintien du président Aristide en dehors du pays. Une certaine manière de resserrer l'étau de l'exclusion sur le peuple et Fanmi Lavalas avec, pour les maintenir loin du processus électoral.

Au cours de ce sit-in, des pancartes étaient brandies sur lesquelles des slogans étaient clairement lisibles : " We are not boat people. We reject Preval's elections. We ask the United States not to fi nance these rigged elections. International community: do not fi nance these pre-selected elections. No just election is possible with Preval in offi ce. Down with the CEP. Down with fraudulent elections. There is no elections without Fanmi Lavalas ".

A la fi n de ce rassemblement, nombre de participants s'apprêtaient à aller renforcer une manifestation organisée par les quatre (4) plateformes politiques de l'opposition. Les organisateurs entendaient rallier le siège de la Minustah, sis à Bourdon, pour protester contre l'occupation du pays par les forces impérialistes.

Les choses allaient se gâter au niveau du carrefour Petit-four. Des pierres ont été lancées par des suspects venus sur les lieux pour déjouer la marche pacifi que. Pris de panique, les manifestants ont riposté et ont allumé des pneus. C'était un véritable tohu-bohu dont avait profi té, Emmanuel F. Gouthier, un employé du Ministère de l'Intérieur et attaché à la moribonde et magouilleuse Commission Nationale de Désarmement de Démantèlement et de Réinsertion (RNDDR) pour dégainer son pistolet et faire feu.

Jean-Claude Dorélus a été atteint à la main, cette main il l'a brandie sanguinolente sous l'oeil des caméras de télévision et le regard de certains journalistes qui couvraient la manifestation. " Une voiture du service de l'Etat a tiré sur ma personne, tandis qu'elle tire sur les manifestants pour les disperser. Moi ça ne m'intimide pas dans le mouvement que nous entreprenons contre le gouvernement Préval " La victime a dénoncé un plan, qu'il dit concocter par le président, qui selon lui vise à persécuter tous les opposants à sa politique. " Nous refusons la peur, nous continuerons le combat par la mobilisation. Préval enverra ses sbires tirer sur les militants. Cette fois, j'ai bien identifi é ce Gouthier qui a tiré sur moi. C'est un cadre du Ministère de l'Intérieur ", a conclu Dorélus.

Malheureusement, les policiers qui ont procédé au désarmement de l'agresseur, ne l'ont pas arrêté. Pour comble de malheur, c'est un manifestant qui a été la cible, il a été arrêté par ces policiers.

L'ex-premier ministre de René Préval, Rosny Smarth, qui manifestait lui aussi, oh paradoxe, contre les forces d'occupation du pays, dit croire que les citoyens ont le droit de dénoncer la mise sous tutelle du pays. Rosny Smarth dit croire que les manifestations s'intensifi eront dans le pays pour exiger la démission de Préval et de son CEP.

Pour sa part, André Michel, un avocat de profession, initiateur du Groupe 77, partie prenante de la manifestation a critiqué le chef de l'Etat qui, dit-il, " s'obstine à poursuivre un processus électoral décrié par d'importants secteurs de la société civile et de la classe politique et qui ne peut que conduire vers l'abîme ". Selon Me. André Michel, des élections sont impossibles avec l'équipe qui détient le pouvoir et l'institution électorale telle quelle existe,

Au cours de cette journée du mercredi 28 juillet, des organisations, entre autres, MODEP, Batay Ouvriye ont tenu un sit-in devant le siège du Ministère des Affaires étrangères pour dénoncer la présence des troupes étrangères sur le sol haïtien. Selon l'un des responsables du MODEP, Charles Fritz Gérald qui a assuré que son organisation participe au combat pour la liberté en Haïti, a fait cette déclaration. " L'ensemble des citoyens haïtiens doivent être conscients du danger que représente la présence des soldats onusiens dans le pays. "

Cette journée est riche en enseignements, dans la mesure où des personnages entre autres : Didier Dominique, Olga Benoît, Serges Gilles qui ont lutté contre la démocratie en Haïti, en s'incorporant au GNBisme pour accoucher du coup d'Etat-kidnapping contre le président Aristide et la mise sous tutelle du pays, étaient en première ligne de protestation contre l'occupation du pays.

Quant aux plateformes politiques : Alternative, Libération Rasanble et UCCADE, qui ont patronné la manifestation avortée, elles se disent déterminées à combattre, lançant à toute la classe politique un appel à la résistance et à la non-capitulation. " Les élections législatives et présidentielles qui devraient se tenir à cette date, ne seront qu'une mascarade si elles ont lieu à la date annoncée. Elles favoriseront les candidates et candidats de l'UNITE, le parti du président Préval".

Toutes ces contradictions témoignent que la Nation vit dans une situation, absolument catastrophique. C'est le fond de l'abîme. Néanmoins, de cette profondeur abyssale, il y a lieu quand même d'espérer une sortie. Mise sous tutelle, humiliée, avilie, déchirée par les intérêts égoïstes et sectaires, Haïti surgira de cet engourdissement, dans lequel elle a été plongée par les mercantilistes d'ici et d'ailleurs.

Si ce 95ieme anniversaire de la souillure de la terre des ancêtres, n'a pas mobilisé l'écrasante majorité de la population qui, aujourd'hui, vit dans des conditions infrahumaines, cela ne témoigne pas d'une certaine amnésie. Le peuple haïtien n'oublie pas qu'il vit à l'heure de l'occupation, sous un régime d'apartheid, qu'il importe donc pour lui de lutter de toutes ses forces pour la sortie de l'enfer. Il n'a pas oublié que n'étant pas responsable de l'occupation d'Haïti, qu'il importe en tant que peuple à tradition libertaire de se battre pour bouter dehors les occupants.