Ratification du PM:Triomphe de la corruption sur la vérité

Ratification du PM:Triomphe de la corruption sur la vérité

Par Thomas Péralte,Haiti Liberté,le 15 mai 2012

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Malgré toutes les irrégularités constatées dans les dossiers de Laurent Lamothe et les accusations de corruption au sein même de l’hémicycle de la Chambre des députés, 62 députés ont levé leurs mains pour voter en faveur du rapport de la Commission chargée d’étudier les dossiers du candidat à la Primature, Laurent Lamothe, le jeudi 3 mai dernier. Trois (3) députés ont voté contre, il s’agissait de : Arnel Bélizaire, Sorel Jacinthe et Sadrac Dieudonné qui ont combattu énergiquement avec des arguments solides l’éligibilité du Premier ministre désigné recommandée dans le rapport.

Après la présentation du rapport par le secrétaire-rapporteur, le député Wilkens Dérilus, des débats très houleux se sont déroulés autour de graves accusations de corruption, d’irrégularités flagrantes dans les dossiers de Laurent Lamothe. Le député d’Aquin, Emmanuel Fritz Gerald Bourjolly a pété les plombs, lorsqu’il a publiquement accusé ses collègues d’avoir accepté honteusement des pots de vin pour voter en faveur du Premier ministre désigné. « Vous êtes des corrompus, vous êtes des vicieux. Le peuple vous demandera des comptes », a-t-il lancé. Selon le député Bourjolly, les députés pro-Lamothe auraient reçu plus de 3.5 millions de gourdes à travers des petits projets fictifs en échange de sa ratification. Au niveau du Sénat, il y a eu également de très fortes suspicions, des sénateurs auraient reçu entre 75 mille et 100 mille dollars US pour voter en faveur de Laurent Lamothe. Selon les informations qui circulaient partout et dans tous les secteurs, la ratification de Laurent Lamothe au poste de Premier ministre a été monnayée par celui qui va prétendre diriger le pays. Ces derniers temps, la corruption a dominé largement la vie politique, au plus haut niveau de l’Etat, dans les sphères des trois (3) grands pouvoirs : l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire.

Après lecture du rapport de la Commission chargée d’étudier les dossiers de Lamothe, les députés opposés à la ratification de ce dernier ont dénoncé de graves irrégularités qui l’ont entaché et qui rendent inéligible le postulant. Laurent Lamothe n’a pas rempli les exigences des articles 157,
16 et 52 de la constitution haïtienne de 1987 en vigueur. Les problèmes de résidence dans le pays durant 5 ans consécutifs, de paiement de ses redevances fiscales, d’obtention de sa carte d’identification nationale seulement en aout 2011 et d’autres points d’ombre dans le rapport ne devaient pas donner à Laurent Lamothe le feu vert pour la Primature. Mais les députés vendus ont inventé le concept de « vote politique » qui est synonyme de corruption pour justifier maladroitement leur acte posé à la Chambre des députés.

Le lendemain de la ratification truffée de corruption, d’irrégularité, de mensonge, de manoeuvres politiciennes, le président Michel Martelly a tenté de procéder à l’installation du Premier ministre ratifié avant même la présentation de la déclaration de sa politique générale prévue dans la constitution. Le vendredi 4 mai, à la surprise de tout le monde, le chef de protocole du palais national, Jean-Yves Mazile avait lancé les invitations à la presse pour la couverture de l’installation du Premier ministre encore non ratifié, un autre événement sans précédent dans l’histoire du pays. Les invitations avaient été lancées pour 1 heure PM, au local de la Primature, au Bicentenaire. Les journalistes étaient présents à l’heure indiquée, des gens regardaient la télévision attendant que commence la cérémonie. Après des heures d’attente en vain, au siège de la Primature, les journalistes ont appris que la cérémonie allait avoir lieu de préférence au palais national et a la dernière minute, on leur a annoncé que cet événement avait été finalement reporté sine die, malgré les préparatifs constatés sur place.

La ratification éhontée dans les deux Chambres, au Sénat, le 10 Avril et à la Chambre des députés le 3 mai a provoqué des réactions au sein de la classe politique traditionnelle. L’exprésident de la Chambre basse, Sorel Jacinthe a qualifié le vote des 62 de ses collègues d’inconstitutionnel. Selon lui cet acte aura de graves conséquences sur l’avenir et l’image du pays. Quant au dirigeant de la « Konvansyon Inite Demokratik » (KID), Evans Paul, il a déclaré que des parlementaires ont inventé le concept de « vote politique » pour violer la constitution au profit de leurs intérêts mesquins. Le Coordonnateur Général du parti Organisation du Peuple en Lutte « OPL », Sauveur Pierre Etienne a déclaré que le vote des députés qui ont ratifié Laurent Lamothe, était « un vote de la honte qui ne fait pas honneur aux parlementaires. » Selon le Député Jacinthe, les parlementaires ont défendu leurs propres intérêts au détriment de ceux de la population. Il ne croit pas que le nouveau Premier ministre va pouvoir travailler pour le bien être de la population en raison des pressions qui existent à l’intérieur du pouvoir en place.»

Le dirigeant de la Konvansyon Inite Demokratik (KID) Evans Paul de son côté, a dénoncé, « cette séance de l'indécence qui confirme celle de la honte du Sénat de la République le 10 avril dernier. C’est dommage que des parlementaires inventent un concept de vote politique pour violer la Constitution. Aucun parlementaire ne devrait approuver le dossier d’un aspirant à la Primature alors que son dossier n’est pas correct. » Il estime que Laurent Lamothe n'était pas éligible selon les prescrits de la Constitution et que les députés tout comme les sénateurs ont violé la Constitution, et devraient rendre des comptes devant la Haute Cour de justice. De plus, selon lui, il y a un trafic d'influence au sein du pouvoir en place et souhaite que l’Unité de Lutte Contre La Corruption (ULCC) et l'Unité Centrale de Renseignements Financiers
(UCREF) fassent toute la lumière sur les allégations du Député Fritz Gérald Bourjolly, qui a affirmé en début de séance que ses collègues avaient reçu chacun 3.5 millions de gourdes à travers des projets fictifs, pour ratifier le Premier Ministre désigné. Malgré tout, la communauté internationale a salué la ratification de son poulain, Laurent Lamothe, comme elle l’a toujours fait. Dans des communiqués rendus publics et des déclarations dans les médias, les Etats-Unis, la France, le Canada, La Minustah ont tous applaudi la violation de la constitution, la corruption et l’indécence qui sont à la base de la ratification de Laurent Lamothe.

Au niveau du Sénat avant le départ des dix (10) sénateurs dont le mandat est arrivé à terme ce mardi 8 mai, ils se sont entendus le lundi 7 mai à la conférence des présidents des commissions pour entendre la déclaration de politique générale du Premier ministre, Laurent Lamothe, accompagné des membres de son cabinet ministériel, ce mardi 8 mai 2012, malgré le nonrespect de la constitution et de la procédure dénoncé par le président du Sénat, Desras Simon Dieuseul. «Le texte doit être remis à chaque sénateur, sous plis cachetés, 48 heures avant la séance de ratification du programme du nouveau Premier Ministre » déplorant que l’Exécutif ne maîtrise ni la procédure, ni les règlements internes du Sénat... »

Ce mardi 8 mai par un vote de 20 pour, 0 contre et 0 abstention, l’homme d’affaires Laurent Lamothe au service des multinationales, a été ratifié par le Sénat haïtien . Signalons également que certains sénateurs avaient évacué la salle, laissant le champ libre aux mercenaires de l’acabit de Lambert, de Latortue et de Bastien une occasion pour eux de faire ce que bon leur semblait.

Bref voici le nouveau cabinet ministériel du gouvernement Martelly- Lamothe, il est composé de 16 ministres selon l’arrêté du 8 mai 2012 et comprend les personnalités suivantes : Ministre des Affaires Sociales et du Travail - Ronsard St-Cyr

Ministre de l'Agriculture des ressources naturelles et du Développement Rural - Thomas Jacques

Ministre des Affaires Étrangères et des Cultes - Laurent Lamothe

Ministre délégué auprès du Premier Ministre chargé des relations avec le Parlement - Ralph Théano

Ministre déléguée auprès du Premier Ministre chargée des Droits de l'Homme et de la lutte contre la pauvreté extrême - Marie Carmel Rose Anne Auguste

Ministre à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes - Yanick Mézil

Ministre de la Culture - Jean Mario Dupuy

Ministre de la Communication - Ady Jean Gardy

Ministre de l'Éducation nationale et de la Formation professionnelle - Réginald Paul

Ministre de l'Économie et des Finances - Marie Carmel Jean Marie

Ministre de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales - Thierry Mayard-Paul

Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique - Jean Renel Sanon

Ministre de la Santé Publique et de la Population - Florence Duperval Guillaume

Ministre du Tourisme - Stéphanie Balmir Villedrouin

Ministre des Travaux Publics, Transports, Énergie et Communications - Jacques Rousseau

Ministre de la Planification et de la coopération externe - Josépha Raymond Gauthier