Repenser les villes, un vrai défi, selon l’architecte-urbaniste Didier Dominique Un État devenu "indigent" ne saurait s’attaquer à la vulnérabilité du pays

Par Alter Presse, Haïti, le 8 sept. 2017 

L’architecte-urbaniste Didier Dominique appelle l’État à relever le défi de repenser l’aménagement des villes d’Haïti pour éviter qu’elles soient vulnérables aux phénomènes naturels, à l’occasion du passage de l’ouragan Irma, les jeudi 7 et vendredi 8 septembre 2017. 

À cause de leur vulnérabilité, les principales agglomérations d’Haïti, établies d’après une logique coloniale, doivent être réaménagées, souhaite Dominique, invité à l’émission TiChèzBa. 

Le professeur d’Université relève la dangerosité surtout des villes côtières du pays, dont la fondation remonte à la période de la colonie française (17e, 18e siècles). Cette situation s’est aggravée avec l’occupation américaine (1915-1934), souligne-t-il. 

Les bidonvilles sont construits, de plus en plus près des côtes ainsi que sur des pentes escarpées, dans les lieux les plus dangereux du pays, notamment de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, constate-t-il. 

La majorité des Haïtiens n’ont pas suffisamment de moyens économiques pouvant leur permettre d’avoir accès à la propriété privée et à des ressources pour assurer des constructions viables, déplore-t-il. 

Il attribue cet état de fait à la configuration des classes sociales en Haïti, qui favorise un accaparement des biens par une minorité pendant que la majorité croupit dans la misère. 

L’exode rural, qui s’est intensifié après l’occupation américaine, puis la chute du régime dictatorial des Duvalier en 1986, contribue aussi grandement à la bidonvilisation des villes, ajoute-t-il. 

De plus, il y a un manque de services dans les quartiers populaires, comme le ramassage régulier de détritus, dénonce-t-il. 

Ces déchets non ramassés et traités vont obstruer les canaux d’évacuation des eaux usés, ce qui augmente considérablement les risques d’inondations. 

Généralement, les fonds du trésor public sont détournés et ne sont pas utilisés à des fins de services publics, s’insurge Dominique. 

Globalement, le cadre général du pays et son histoire tragique constituent des éléments fondamentaux dans la lecture de la vulnérabilité d’Haïti par l’architecte Didier Dominique. 

À cause de sa vulnérabilité, Haïti est, très souvent, affectée par les cyclones et inondations, alors que, dans le contexte des dérèglements climatiques alimentés par les choix politiques et économiques au niveau international, ces phénomènes tendent à s’amplifier. 

Un bilan partiel de l’ouragan Irma, n’ayant qu’effleuré les côtes Nord du pays, fait état d’une personne portée disparue et de plusieurs blessés dans le Plateau central et le Nord, ainsi que quelques dégâts. 

Dominique plaide pour une meilleure organisation territoriale et un suivi par l’État pour faire respecter les normes architecturales et urbanistiques dans les pratiques de construction. 

Il faut un autre État et une autre société pour mettre en oeuvre des normes d’organisation environnementale, encourage l’architecte-urbaniste, critiquant l’absence d’un plan d’urbanisation rationnel. 

Il exhorte la société civile à s’engager davantage contre cette incapacité de l’État et des classes dominantes à adresser les problèmes environnementaux. 

Dans les conditions actuelles, l’État et les classes dominantes sont incapables de remédier à ce problème, soutient-il, puisque l’État, devenu « indigent », constitue un lieu d’accumulation et non de services publics.