Totale confusion dans la situation politique en Haïti

Totale confusion dans la situation politique en Haïti

Par Isabelle L. Papillon,Haiti Liberté,le 1er Mai 2012

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Près d’un an après l’installation de Michel Joseph Martelly comme président de la République, c’est la confusion totale, la corruption sur toute la ligne, l’anarchie, l’insubordination, la rébellion, l’agonie des pouvoirs publics qui règnent dans le pays. La population dans tous les recoins de la partie de l’Ile est livrée à elle-même, sans la moindre sécurité et croupit dans la misère sous de fortes menaces de désastreux changements climatiques. Certains citoyens disent qu’Haïti est un bateau sans direction et sans capitaine, d’autres appellent à un dialogue politique pour essayer de sauver ce qui peut être sauvé.

Avec la grève des policiers et des hommes armés qui circulent dans le pays, la sécurité de la population est gravement menacée. Certaines autorités usent de leur pouvoir pour commettre des crimes qui provoquent la colère et l’indignation de la population. Suite à l’irruption d’une dizaine d’individus armés devant le siège du Parlement haïtien, mardi 17 avril dernier, le Premier ministre démissionnaire, Garry Conille a tenté de convoquer un Conseil des ministres, le lendemain, mais cette convocation a été boudée par la totalité des ministres. Le sénateur Kély C. Bastien a qualifié le comportement des ministres de rébellion et d’ailleurs ce n’était pas la première fois.

Le jeudi 19 Avril, une réunion du Conseil Supérieur de la Police Nationale
(CSPN) s’est tenue en présence des représentants de la communauté internationale, 2 jours après l’irruption d’un groupe de dizaines d’hommes armés, en treillis militaires, se réclamant de la défunte Force Armée d’Haïti
(FAD’H) devant le Parlement en pleine séance. Les parlementaires ont qualifié cet acte de provocation, d’intimidation, de tolérance et de manque d’autorité ou de complicité de la part de l’Exécutif. « Si la présence des hommes armés n’inquiète pas l’Exécutif, c’est parce qu’il se sent confortable », soutient le sénateur Kély C. Bastien.

Le sénateur Andrice Riché de son côté est un peu plus tranchant. Il estime qu’il y a une main cachée derrière les actions de ces hommes armés. « Aucune force paramilitaire ne saurait exister sur le territoire sans la complicité, la bénédiction et la tolérance du pouvoir en place. La démocratie est en danger. » Disait-il.

A la Chambre des députés, on a annoncé un arrêt de travail pour protester contre la violation des espaces du pouvoir législatif au grand jour et exigé des explications de l’Exécutif. Le premier secrétaire de la Chambre basse, Jude Charles Faustin a fait savoir que tant que les explications ne seront pas données, aucune séance de travail ne sera réalisée dans cette Chambre. Entre- temps, l’implication présumée du député Rodriguez Séjour de la première Circonscription de Port-au-Prince dans l’assassinat du policier Walky Calixte, empêche sérieusement les travaux à la Chambre basse.

Les institutions républicaines sont menacées, le Parlement, l’Exécutif, la Police Nationale d’Haïti ne fonctionnent pas régulièrement. Pas de gouvernement régulier et le processus devant aboutir à la formation d’un nouveau gouvernement piétine toujours à cause du comportement de palais national. Face à cette situation, certains membres de la classe politique traditionnelle restent bouche bée. Pour Mirlande Manigat : « Nous sommes dans un pays comme dans un avion sans pilote, un bateau sans gouvernail, parce que d’un côté, nous avons un président qui est en convalescence. Donc ça c’est une tête de l’Exécutif d’un côté, et de l’autre, un gouvernement démissionnaire, c’est-à-dire que l’Etat n’a pas de chef présent en Haïti. Car, notre constitution prévoit qu’en cas d’incapacité momentanée du chef de l’Etat, c’est le Premier ministre qui prend à ce moment-là le gouvernail ; alors que le Premier ministre est démissionnaire, donc, il y a plein de choses qu’il ne peut pas faire... »

Pour le député de Dame-Marie, Accluche Louis-Jeune, de l’OPL, c’est la confusion totale dans la conjoncture politique haïtienne actuelle : « La conjoncture politique d’Haïti n’a jamais été aussi confuse. Nous sommes en face d’un vrai imbroglio politique aggravé par un ensemble de dossiers pour le moins délicats. Le Parlement n’est pas en mesure d’assumer son rôle de dernier rempart. L’Exécutif est en agonie. » Il a par ailleurs lancé un appel d’urgence à la convocation d’un dialogue politique avec toutes les forces vives du pays, face au développement de la situation afin d’éviter l’effondrement total du pays.

Certains observateurs critiquent la classe politique rongée par la division et toujours prête à défendre des intérêts mesquins au détriment des intérêts supérieurs de la nation, et qui n’est pas toujours prête à offrir une alternative viable et fiable à aucune sortie de crise. Elle se laisse toujours emporter par le phénomène de la corruption pour en tirer profit personnel. La ratification de Laurent Lamothe comme Premier ministre ne prouve pas le contraire. La communauté internationale qui alimente souvent la confusion et provoque la déstabilisation, telle par exemple, l’ingérence flagrante de l’ambassadeur des Etats- Unis, Kenneth Merten dans les affaires politiques internes d’Haïti, est toujours prête à imposer sa volonté et toujours pour des solutions qui ne tiennent pas compte de la réalité. Dans tous les cas de figure, le peuple haïtien n’a d’autre choix que de rester mobilisé en vue de dégager une nouvelle alternative dans le but de prendre en main le destin de son pays.