Une semaine de colère montante

Par Berthony Dupont, Haïti Liberté, édition du 13 au 19 février 2019 

Cette semaine d’intenses manifestations populaires témoignent à la fois d’un regain de confiance de la classe exploitée, humiliée, défavorisée haïtienne et de sa capacité à profiter d’autres événements comme ceux qui se passent au Venezuela pour essayer d’accentuer par tous les moyens les contradictions régionales et internationales et de piéger davantage les promoteurs de la doctrine d’accaparement des biens d’autrui. 

Cette mobilisation, qu’on le veuille ou non, reflète certes la réalité que vit le peuple haïtien ; pourtant elle appelle à une lecture fine de l’événement au vu des manigances des puissances impérialistes avec le régime en place. En effet, le peuple haïtien en colère contre son exploitation à outrance dénonce à sa façon le viol de la souveraineté populaire qu’on essaie de perpétrer au Venezuela ; il le dénonce en attaquant son propre régime puisque Jovenel Moise est un Juan Guaidó haïtien. 

Est-il nécessaire de rappeler que la crise qui sévit au Venezuela n’est pas trop différente de la nôtre qui est structurelle puisque notre république est en guerre permanente avec les vautours impériaux qui ont fait main basse sur nos ressources naturelles et qui, par-dessus le marché, nous imposent leur politique néolibérale pour nous étouffer. De sorte que nous ne puissions jamais sortir de cet imbroglio. 

Selon eux, la révolution Bolivarienne du Venezuela est une menace  pour la sécurité nationale des États-Unis d’Amérique de même que celle de 1804 a été considérée comme un virus à abattre, un mauvais exemple pour les esclaves américains. En fait, il faut comprendre menace aux intérêts de l’empire ! 

Drôle de coïncidences, nous n’avons pas le Groupe de Lima mais on nous a façonné un Core group avec les mêmes composantes, et même pire, puisqu’on y trouve les États-Unis, le Canada, le Brésil, la France et l’Union Européenne. Les impérialistes ne cachent pas qu’ils ont des idées toutes faites, toutes prêtes pour notre avenir à travers leur plan d’économie néolibérale, à travers le projet d’une nouvelle constitution pour leur faciliter la tâche. 

La stratégie est de nous déstabiliser à plates coutures comme l’avait enseigné le Président des Etats-Unis Franklin Delano Roosevelt : « Il faut constamment soulever les va-nu-pieds contre les gens à chaussures et mettre les gens à chaussures en état de s'entre-déchirer les uns les autres, c'est la seule façon pour nous d'avoir une prédominance continue sur ce pays de nègres qui a conquis son indépendance par les armes. Ce qui est un mauvais exemple pour les 28 millions de noirs d'Amérique » 

Cette colère de résistance montante, si elle doit déboucher sur des miettes sinon des lendemains qui ressemblent au passé et parfois pire que le passé, elle ne vaut pas la peine et demande une autre orientation politique pour faire échec à la réaction. 

Si la colère montante s’avise d’attaquer seulement et simplement les instruments, les fusibles sans atteindre le laboratoire qui s’adonne à créer les collabos, de façon à le contraindre, à l’empêcher de continuer sa pratique déstabilisatrice et corruptrice,  c’est comme se laver les mains et les essuyer dans la boue. 

Si nous ne pouvons pas dépasser cette étape de lutte, c’est la formule de Franklin que nous adopterons, en d’autres termes nous faisons le jeu de notre adversaire. Rien n’est encore fait. Il nous faut éviter que cette colère montante n’aboutisse guère à un autre instrument mêmement pareillement à celui qu’on va jeter dans les poubelles de l’histoire. 

Nous connaissons assez le rôle opportuniste de nos dirigeants qui peuvent en un clin d’oeil transformer la réalité de résistance actuelle pour la mettre au service de l’idéologie bourgeoise dominante et au profitt de ces puissances hégémoniques qui continuent à accaparer et à se partager les richesses des peuples. 

De cet ensemble de garde-fous, peut-on tirer quelque conclusion? Certainement... Haïti, Venezuela : même lutte, même combat! Dehors les impérialistes !