Faiblesses de la reconstruction en Haïti--Deux articles

La reconstruction est au point mort en Haïti

Par Jonathan M. Katz, Associated Press

Dans La Presse, 21 juin 2010

Port-au-Prince--Peu de progrès ont été réalisés dans la reconstruction en Haïti depuis le tremblement de terre à cause de l'absence de leadership, des mésententes entre les donateurs et une désorganisation générale, selon un rapport du Sénat américain.

Photo: Peu de progrès ont été réalisés dans la reconstruction en Haïti depuis le... (Photo: AP)

Ce rapport de huit pages, dont Associated Press a obtenu copie, se veut un portrait de la situation en Haïti alors que les législateurs américains envisagent d'autoriser une aide de 2 milliards $ pour la reconstruction du pays.

La situation n'est toujours pas rose: des millions de déplacés, des ruines et des immeubles effondrés continuent de dominer la paysage. À trois semaines de la saison des ouragans, alors que les pluies tropicales s'abattront quotidiennement sur le pays, des projets de construction ne peuvent être commencés à cause de disputes de terrains et des délais de douane. Le programme pour donner un logement à la population vivant dans des tentes n'est qu'au stade du brouillon, peut-on lire dans le rapport.

Le rapport a été écrit par l'ancien candidat à la présidentielle américaine, le sénateur du Massachusetts John Kerry, qui est également le président du comité sénatorial sur les relations extérieures et des démocrates qui ont interviewé des Américains, des Haïtiens et des employés des Nations unies tout en visitant des camps de réinstallation, des hôpitaux et des écoles dans la zone sinistrée.

Le rapport est critique envers le gouvernement du président René Préval et du premier ministre Jean-Max Bellerive, affirmant «qu'il ne communique pas de façon efficace aux Haïtiens qu'il est près à mener les efforts de reconstruction». Les auteurs du rapport souhaitent que M. Préval joue un «rôle plus visible et plus actif, malgré les difficultés».

M. Bellerive a réagi aux critiques en disant que les autorités travaillaient durement en coulisse pour s'assurer que la reconstruction ne se fasse sur des terrains insalubres. Selon lui, prendre quatre mois pour établir un programme de reconstruction est assez acceptable.

Il a ajouté qu'il était injuste d'être pointé du doigt par des élus américains alors que le Sénat n'a toujours pas approuvé l'aide promise par la Secrétaire d'État Hillary Rodham Clinton, lors de la conférence des pays donateurs.

Seulement 2 pour cent du 5,3 milliards $ promis ont été envoyés en Haïti.

 

La reconstruction laisse les Haïtiens sceptiques
   
La commission pour la reconstruction d'Haïti a inauguré ses travaux jeudi à Port-au-Prince sous la coprésidence du Premier ministre Jean-Max Bellerive et de l'ex-président américain Bill Clinton, mais n'a fait aucune annonce sur les grands chantiers attendus par la majorité des Haïtiens.

Clarens Renois, Agence France-Presse
Dans La Presse, 18 juin 2010

Port-au-Prince--Les Haïtiens ne cachent pas leur scepticisme face à la commission internationale chargée de la reconstruction du pays, plus de cinq mois après le violent séisme qui a tué plus de 250 000 personnes et fait près de 1,5 million de sinistrés.

«Depuis plus de cinq mois que ces gens sont ici, je ne vois pas ce qui a changé dans notre vie. Une commission en plus, pourquoi?», s'interroge un cambiste souhaitant garder l'anonymat à Pétion-Ville, dans la banlieue de Port-au-Prince.

«Mes enfants et mes petits-enfants ne verront pas la reconstruction de ce pays promise par la commission», renchérit Jacky Octave, 40 ans.

Ce sentiment est largement partagé dans les rues de Port-au-Prince comme sous les tentes où les réfugiés s'impatientent devant le peu de progrès réalisés dans un pays frappé par de nombreuses catastrophes naturelles ces dernières années et dont l'économie est la plus faible de la région.

Dans les camps d'hébergement qui pullulent à Port-au-Prince, l'impatience est palpable. «Nous ne voyons pas les changements promis. Est-ce qu'on va nous construire des maisons pour sortir d'ici? Je n'ai pas d'espoir», dit Ognol, un jeune écolier qui vit depuis cinq mois sur un terrain de jeu avec sa famille.

La commission pour la reconstruction d'Haïti a inauguré ses travaux jeudi à Port-au-Prince sous la coprésidence du Premier ministre Jean-Max Bellerive et de l'ex-président américain Bill Clinton, mais n'a fait aucune annonce sur les grands chantiers attendus par la majorité des Haïtiens.

«Beaucoup de choses ont changé depuis le séisme. Si vous regardez Port-au-Prince, vous ne verrez pas ce qui a changé, il faut aller dans les autres régions», a soutenu l'ancien président Bill Clinton.

La communauté internationale a promis fin mars 10,5 milliards de dollars sur cinq ans pour reconstruire Haïti. Pour l'instant, très peu d'argent a été versé dans les caisses du pays à part de premières contributions du Brésil et de la Norvège.

Composée à parité d'Haïtiens et de représentants de pays étrangers, la commission chargée de conduire la reconstruction «est mal partie», juge Serge Gilles, un dirigeant de l'opposition. «Son péché mortel: l'absence de consensus et son caractère anticonstitutionnel», déplore-t-il.

Tout en affirmant ne pas voir de problème dans le fait que des étrangers fassent partie de la commission, M. Gilles «craint que le pays ne soit livré à la communauté internationale par le président Préval, qui n'a pas consulté la nation».

Le dirigeant du parti «Aimer Haïti», Camille Leblanc, relève de son côté les failles juridiques dans la création de la commission, mais estime que ce serait une bonne chose pour le pays si elle arrivait à encourager des investisseurs à venir en Haïti.

En inaugurant les travaux de la commission, Bill Clinton a relevé «la motivation des Haïtiens et l'engagement des étrangers dans le processus de reconstruction d'Haïti». Mais il faudra sans doute plus pour gagner la sympathie des Haïtiens de plus en plus gagnés par le pessimisme et qui reprochent à leur gouvernement de les abandonner.