Canada's off the cuff announcement freezing new aid to Haiti is harmful and prejudicial

By website editors

January 4, 2013--According to today's Montreal daily La Presse, Minister of International Cooperation Julian Fantino has decided to freeze all new aid projects to Haiti. The news has piqued media attention about the situation in Haiti on the eve of the third anniversary of the Jan. 12, 2010 earthquake.
 
The announcement came in a telephone interview with one of La Presse's journalists. Fantino did not have the courtesy of informing beforehand Haiti's ambassador to Canada or the Haitian government itself.
 
In his comments to La Presse, Fantino, a career policeman with no international development experience and who replaced the disgraced Bev Oda last year, launches a broadside against the Haitan government and people based on observations during his one and only visit to Haiti in late November. Very little is working in the country, he tells La Presse. Unemployment is sky high. Garbage is not being picked up.
 
Fantino's tone is pure insult to Haitians. "Here in Canada, we have [volunteer] activities to clean neighbourhoods and highways... Are we going to take care of their problems forever? They also have to take charge of themselves."
 
"We [Canada] are not a charity foundation."
 
The freeze on aid and Fantino's verbal broadside is the latest in a series of body blows delivered by the Harper government to the people of Haiti:
 
  • Last month, the Canadian and U.S. governments issued a travel warning for Haiti, a move that the Haitian government has vigorously criticized as harmful to nascent efforts to bring tourists to the country, including the beginning of weekly tourist flights from Montreal by Transat airline tour company. (See a Jan. 4, 2013 La Presse report on that here.)
     
  • Also last month, Canada announced it will boost the number of soldiers and policeman participating in MINUSTAH. The announcement comes at a time when people are asking why foreign soldiering and policing in the country is financed to the tune of nearly $1 billion per year while cholera treatment and prevention is starved of funds.
     
  • In an announcement first made by Fantino to a business audience last November, Canada will henceforth prioritize the promotion of Canadian business interests above all else in the delivery of foreign aid.
 
If Haiti's government and the international aid that has flowed into the country since the earthquake have been a failure, as Minister Fantino now argues, who is responsible if not the big governments such as Canada that are effectively running the show in Haiti?  After all, they control the pursestrings. According to the statistical  reporting of the UN's Office of the Special Envoy on Haiti, less than one percent of emergency aid funding passed through the hands of the Haitian government or Haitian civil society organizations, while only some ten percent of recovery and reconstruction funding goes their way.
 
What's more, it is the big powers who pressed to hold the premature and exclusionary election that brought their favored candidate, Michel Martelly, into the presidency in 2010/11. The big powers, the UN mission and of many of the large, aid agencies have responded to critics over the past three years with a standard argument: "We're doing the best we can in a difficult situation."
 
Minister Fantino's comments can only feed the prejudice stoked by his government and its predecessor to the effect that Haiti is a hopelessly corrupt, violent and dysfunctional society requiring foreign tutelage. But responsibility for the catastrophic state of affairs today in Haiti lies primarily with the incessant foreign political intervention that has for decades denied the Haitian people their sovereignty and refused to respect and abide the will of Haiti's majority for governments of social justice.
 
Below is a dossier of four, French language articles--three from today's La Presse on Minister Fantino's pronouncement and one from earlier this month on changes to Canada's foreign aid regime. To contact the Canada Haiti Action Network, e-mail to canadahaiti@gmail.com or phone 778 858 5179. Come to a screening of Michele Mitchell's 2012 documentary film 'Haiti: Where Did the Money Go?', followed by discussion, in Vancouver on January 9 and Montreal on January 21. Details here.
 


Ottawa gèle son aide à Haïti
 
«Nous ne sommes pas une oeuvre de charité», dit Julian Fantino
 
 
(Ottawa) L'Agence canadienne de développement international (ACDI) a mis les fonds destinés aux nouveaux projets en Haïti sur la glace, en attendant de déterminer une approche plus «efficace» qui permettrait aux Haïtiens «de se prendre en main».
 
C'est ce que le ministre de la Coopération internationale, Julian Fantino, a indiqué à La Presse au cours d'une entrevue téléphonique. M. Fantino cherchait ainsi à illustrer sa nouvelle approche à l'égard de l'aide internationale, dont l'annonce à la fin du mois de novembre a soulevé la controverse. Cette stratégie misera davantage sur les entreprises canadiennes.
 
«C'est sur la glace en ce moment», a-t-il dit au sujet de l'enveloppe de quelques centaines de millions de dollars destinée au pays. «Nous continuons à financer certains programmes [...]. Mais il n'y a pas de nouvelle initiative en ce moment. Et nous réfléchissons à ce que devrait être la prochaine étape.»
 
Le ministre a tenu un discours sévère à l'égard d'Haïti et de la nécessité pour le pays de prendre son propre destin en charge. «Depuis 2006, le Canada a versé environ 1 milliard de dollars à Haïti», a dit le ministre qui, il y a quelques semaines, a visité pour la première fois le pays ravagé par un tremblement de terre en 2010.
 
«Le fait est qu'Haïti est toujours en mauvais état. Et on va à côté, en République dominicaine, et les choses vont beaucoup mieux. Allons-nous continuer à faire la même chose de la même manière en Haïti? Je ne pense pas! Parce que nous n'obtenons pas le progrès auquel les Canadiens sont en droit de s'attendre.»
 
Les fonds destinés aux nouveaux projets pour Haïti ont donc été gelés en attendant de décider des prochaines étapes, a indiqué M. Fantino. «Eux aussi doivent se prendre en main»
 
L'ancien chef de la police provinciale de l'Ontario, qui a succédé à Bev Oda à la tête de l'Agence canadienne de développement internationale, estime que les Haïtiens pourraient et devraient maintenant en faire plus pour bâtir leur propre avenir.
 
«Prenez la situation des déchets, par exemple. Le taux de chômage est très élevé en Haïti. Il y a des centaines de milliers d'hommes et de femmes très capables qui pourraient s'impliquer et nettoyer. Il y a des déchets partout!
 
«Même ici, au Canada, nous avons des activités de nettoyage des quartiers, nous avons le programme Adoptez une autoroute. Les gens se portent volontaires pour nettoyer les choses...
 
«Allons-nous nous occuper de leurs problèmes pour toujours? Eux aussi doivent se prendre en main.»
 
Discours sévère
 
François Audet, directeur de l'Observatoire canadien sur les crises et l'aide humanitaire, a vu dans ce discours un ton exceptionnellement sévère venant d'un ministre canadien de la Coopération à l'égard d'un pays en reconstruction.
 
«Je suis à la fois surpris et étonné, a dit M. Audet. Si cette rhétorique-là se transforme en action, ce serait un peu triste par rapport à tout ce qui a été fait.»
 
Des sources au sein du secteur des ONG ont indiqué à La Presse que si le ministre Fantino n'avait pas encore annoncé publiquement un tel gel du financement accordé aux nouveaux projets, ses propos confirment néanmoins la réalité sur le terrain, et pas seulement pour Haïti. «Il est là depuis le mois d'août et il ne se passe rien depuis», a confié l'une de ces sources.
 
Ainsi, plusieurs se demandent ce à quoi pourrait ressembler un tel virage pour Haïti, dans le contexte où le pays regorge de matières premières et où le Canada y est l'un des plus importants donateurs d'aide internationale. Plusieurs sociétés minières canadiennes sont déjà actives de l'autre côté de la frontière, en République dominicaine, dont Barrick Gold. En 2010-2011, l'ACDI a décaissé plus de 250 millions de dollars dans le pays, selon les données fournies par l'Agence.
 
 
«Nous ne sommes pas une oeuvre de charité», dit Julian Fantino
 
 
(Ottawa, Ontario) Le ministre de la Coopération internationale, Julian Fantino, se défend de vouloir lier l'aide internationale aux objectifs de libre-échange du Canada. Mais en même temps, dit-il, les Canadiens sont en droit de s'attendre à ce que leur gouvernement recherche des occasions où «tout le monde ressort gagnant».
 
Le ministre a donné quelques détails sur ses intentions quant au virage d'«efficacité» de l'aide internationale qu'il a confirmé il y a quelques semaines. La «responsabilité», l'«efficacité» et la «vision d'entreprise» évoquées par l'ancien chef de police passent entre autres par des partenariats avec des sociétés privées ou des organismes de charité comme la Fondation Bill&Melinda Gates, a-t-il précisé.
 
Elle passe aussi par la sélection attentive de pays qui bénéficieront de la générosité canadienne: «Nous allons travailler avec des pays qui, certainement, aspirent à la démocratie, respectent les droits de la personne, l'État de droit en place...»
 
Les exemples de partenariats possibles fournis dans un récent rapport de comité parlementaire (où les conservateurs sont majoritaires) incluent les secteurs de la microfinance, de l'aide à l'envoi de fonds par les diasporas ou de PPP avec des sociétés minières pour la formation de la main-d'oeuvre. Ce dernier type de partenariat fait déjà l'objet de trois projets-pilotes fort controversés à l'ACDI.
 
Le politicien s'indigne devant les critiques de ses détracteurs. «Nous ne finançons pas les compagnies minières. Ç'a été dit et c'est complètement faux», a-t-il précisé. Il a ensuite lancé: «Nous ne sommes pas une oeuvre de charité. Et s'il y en a qui croient qu'on l'est, on ne le sera plus à l'avenir.»
 
De lui-même, Julian Fantino évoque la possibilité de coupes éventuelles dans certains programmes - sans donner plus de détail. «Un programme a une date de début et une date de fin, dit-il. Et si on ne reçoit pas les bons résultats, ou les résultats anticipés, nous faisons des ajustements.»
 

Le gouvernement haïtien furieux contre le Canada
 
 
Le gouvernement d'Haïti, en pleine démarche pour attirer les touristes, est furieux contre le Canada et les États-Unis, qui ont récemment mis en garde leurs citoyens contre les risques d'un voyage dans ce pays.
 
En décembre, peu après le gouvernement américain, le ministère canadien des Affaires étrangères a invité ses citoyens «à faire preuve de grande prudence» et à éviter «tout voyage non essentiel» dans les quartiers de Martissant, Carrefour, Bel Air et Cité-Soleil, à Port-au-Prince, en raison de conditions de sécurité qui y seraient particulièrement «instables et dangereuses».
 
Voilà qui tombe particulièrement mal, au moment où Air Transat s'apprête à lancer des forfaits vacances en Haïti à compter du 23 janvier.
 
Calvin Cadet, porte-parole du gouvernement haïtien, a fait valoir à l'Associated Press que les avertissements des gouvernements américain et canadien sont «incompatibles» avec les progrès réalisés en Haïti en matière de sécurité.
 
Debbie Cabana, porte-parole d'Air Transat, signale que, en créant ses forfaits vacances, Air Transat a bien en tête la sécurité de ses clients et propose des hôtels et des excursions en conséquence. «Les autorités haïtiennes nous ont donné l'assurance qu'elles avaient mis en place les mesures nécessaires en vue de relancer l'industrie touristique», explique-t-elle.
 
Samuel Pierre, professeur à l'École polytechnique et président du Groupe de réflexion et d'action pour une Haïti nouvelle, comprend la prudence d'Ottawa, mais il estime que l'avis, qui arrive à quelques jours du lancement du forfait d'Air Transat, «n'est pas très humain». «Haïti se démène pour sortir de la misère et tente de mettre sur pied une industrie touristique. Il se retrouve maintenant comme un malade à qui l'on donne le coup fatal.»
 
Risque au Mexique aussi
 
Certes, Ottawa exprime aussi certaines réserves à l'égard de la Jamaïque, par exemple, mais selon M. Pierre, cela n'a pas du tout le même impact pour ce pays où le tourisme est bien installé.
 
Emerson Douyon, lui aussi Haïtien d'origine et commissaire à la Commission des droits de la personne du Québec, abonde dans ce sens. Il trouve que le Canada fait preuve «d'une insistance un peu trop particulière» par rapport à Haïti alors que le Mexique représente un risque au moins aussi grand pour les touristes.
 
«Il existe des risques réels pour les Haïtiens de la diaspora qui vont faire un séjour en Haïti parce que ce sont eux qui sont visés par les enlèvements. Les gens là-bas montent carrément des dossiers sur des Haïtiens de la diaspora qui ont de l'argent et que l'on veut enlever s'ils se présentent au pays. Mais en général, ce sont des choses qui se passent entre Haïtiens, sans que les Blancs soient inquiétés.»
 
Le ministère canadien des Affaires étrangères a refusé toute entrevue sur le sujet. Ses seuls commentaires, envoyés par courriel, disent qu'il n'y a rien de neuf sous le soleil, que les appels à la prudence en Haïti datent d'août 2011 et que l'avis de décembre, aujourd'hui levé, concernait la ville de Jérémie et rien d'autre.
 

L'ACDI brasse des affaires
Raymond Giroux, Le Soleil, 6 décembre 2012
 
(Ottawa) L'Agence canadienne de développement international a un nouveau mandat : «renforcer la sécurité et la prospérité à long terme du Canada», a dit récemment son responsable, le ministre Julian Fantino. Depuis ce discours prononcé à Toronto, il y a deux semaines, M. Fantino ne cesse de nier l'indéniable, soit que le gouvernement a changé la donne.
 
Si en outre cet argent peut assurer un peu plus de sécurité dans nos rues, tant mieux, semble se dire, et nous dire, cet ancien policier devenu politicien. Le seul fait qu'il donne un long exposé détaillé sur l'aide au développement devant l'Economic Club of Canada annonçait la couleur. Sans prêter de mauvaises intentions à personne, disons que ce n'est pas là le public le plus naturel pour des programmes classiques d'aide au développement.
 
Notre contribution à ce qu'on appelait traditionnellement le tiers-monde profitera à l'avenir aux entreprises canadiennes, non plus aux acteurs locaux. Aider les pays défavorisés à se développer? Oublions cela. Respecter leurs stratégies de développement? Laissons faire. Se rendre mutuellement des comptes pour vérifier l'efficacité de l'aide? Faut pas pousser, quand même.
 
Je viens d'énumérer trois des cinq principes dits de Paris qui justifient depuis 2005 les politiques internationales d'aide au développement, et je préfère arrêter là.
 
M. Fantino, nommé à son poste cet été, n'a jamais entendu parler de ces principes, a-t-il avoué cette semaine en commission parlementaire. Ses dossiers de breffage provenaient sans doute du Parti conservateur, non de son ministère.
 
Même lorsqu'il accomplit un beau geste, comme la remise en état d'un barrage en Afghanistan par SNC-Lavalin, M. Fantino sent le besoin de s'excuser. «Cela peut sembler altruiste, a-t-il dit à son public, mais établissons les faits.» Traduction pas très libre : nous n'avons pas aidé les fermiers afghans pour leurs beaux yeux, ni pour leur qualité de vie.
 
Au contraire, sans l'irrigation rendue possible par le barrage de Dahla, ces agriculteurs étaient condamnés à cultiver le pavot, qui, transformé en opium, finance le terrorisme international, toujours selon le ministre. Ce dernier répète là la teneur du dernier rapport triomphaliste du fédéral sur l'engagement du Canada en Afghanistan, en mars dernier.
 
Un journaliste du Toronto Star s'est rendu sur place, cet été, et nous rapporte au contraire que ce projet s'est terminé sur un échec. Malgré un investissement de 60 millions $, il n'y a toujours pas assez d'eau pour irriguer la région, écrivait Paul Watson en juillet dernier.
 
Le Canada a bien le droit de défendre ses intérêts économiques sur les marchés internationaux. Il en a même le devoir, mais un ministère gère déjà cette mission, celui du Commerce international. Je ne demande pas à son ministre titulaire, Ed Fast, d'assurer la promotion de l'éducation des femmes ou l'expansion des minicoopératives dans les pays du Sahel. À chacun son boulot.
 
Mais en revanche, que fait M. Fantino dans la promotion industrielle? Voilà un effet de la confusion des genres de la part d'un gouvernement conservateur strictement affairiste.Sans gouverner en silos, selon l'expression habituelle, les ministères assument des vocations différentes. Le travail premier de l'ACDI ne consiste pas «à créer les conditions propices pour mettre des capitaux à la disposition des entreprises».
 
Reconnaissons au moins à M. Fantino le mérite de la franchise. Il diffuse sans flagornerie les objectifs du gouvernement Harper. Avant lui, la ministre Bev Oda, celle du jus d'orange à 16 $ le verre, se cachait derrière les rideaux sans jamais avouer ses visées idéologiques.