Le Nord-Ouest et ses potentialités touristiques

Par Marc Edy Ossam, Le National, Haïti, publié le 11 mai 2017 

Le secteur du tourisme dans le département du Nord-Ouest est jusqu’à date embryonnaire. Les potentialités touristiques, pourtant riches, ne sont pas prospectées ; et, leur mise en valeur pourrait contribuer à la croissance économique d’Haïti. Ce qui aurait facilité également la création des milliers d’emplois directs et indirects et la génération d’autres sources de revenus au niveau de la population. 

Pour le tourisme balnéaire, le département du Nord-Ouest abrite l’une des 10 plus belles de la Caraïbe: la plage de la Pointe Ouest sur l’île de la Tortue. Jouxtant le bourg de l’Anse-A-Foleur, la « Pointe des Icarques », est une plage d’une incroyable beauté. Inexploitée, n’était-ce les écoliers de la zone qui l’utilisent pour leurs journées récréatives, cette plage serait totalement abandonnée. À proximité de la ville de Portde- Paix, les plaisanciers peuvent prendre du bon temps sur les plages de la « Baie des Moustiques » et « hauts fourneaux »; tandis que la ville de Saint-Louis du Nord est, avec raison, fière de « Maïgotte », « Vilarceau », « Berger » et « Cap rouge ». La commune du Môle Saint- Nicolas, quant à elle, a tout pour être la destination touristique phare du pays. Sa position géographique, son histoire, ses sublimes plages et ses sites patrimoniaux sont uniques. 

Plus d’une douzaine de grottes exploitables dans le Nord Ouest peuvent intégrer un circuit touristique. La « Grotte de la galerie » à l’île de la Tortue, « Trou Bon Dieu », « la belle vitrine » à Chansolme et « Bellevue à Port-de-Paix » sont, entre autres, des lieux chargés d’histoires et de mystères. 

Terre d’histoire et étonnamment abandonnée par les pouvoirs publics, le Nord-Ouest regorge, au-delà des sites naturels, de lieux de mémoire. Par exemple, l’unique cimetière colonial du pays peut être à Cap-Rouge, habitation de la de Saint-Louis du Nord. Bertrand d’Orgeron y avait élu domicile. 

De Port-de-Paix au Môle Saint- Nicolas, en comptant les ouvrages militaires patrimoniaux, les sites historiques, les armes et munitions de l’armée indigène en guerre contre la France, il est évident que les richesses du Nord-Ouest font l’objet d’un mépris qui s’apparente à un gaspillage imbécile des possibilités de développement du département. 

Certains observateurs avisés du département dénoncent les choix de l’État haïtien qui a écarté le Nord-ouest dans ses projets d’investissement dans le secteur touristique en tant que vecteur de croissance et de création d’emplois durables dans le pays. « Quelle est la politique touristique de l’Etat haïtien », se demandent ces observateurs. Il aurait suffi d’assurer l’exploitation rationnelle du potentiel touristique du Nord-ouest pour créer non seulement des emplois, d’autres sources de revenus, mais surtout accroitre l’activité économique dans la région. 

Il est à noter que le Nord-ouest est le seul des dix départements géographiques du pays avec trois façades maritimes. Le Nord-ouest est à 90 km de Cuba, à 102 km de Bahamas et à 700 km des États- Unis. 

Les habitants du Nord-ouest s’estiment méprisés et victimes d’une politique d’exclusion mise en place et entretenue par l’État central, malgré sa position géographiquement propice au développement économique à travers une meilleure exploitation de ses potentialités touristiques. Au moins, l’État, à travers ses agences spécialisées, pourrait commencer par une campagne de rénovation et de valorisation des sites patrimoniaux, comme les forts, des plages et d’autres sites naturels de la région.